Strasbourg : les fouilles révèlent des fresques romaines

Découverte de fresques romaines à Strasbourg

Des fouilles menées au pied de la cathédrale de Strasbourg ont permis de mettre au jour des peintures murales « d’une grande qualité » issues d’un camp romain installé dans les années 90 de notre ère.

Cela fait maintenant trois mois que les fouilles de la place du Château, bordant le côté sud de la cathédrale, ont commencé. Elles précèdent le réaménagement du site qui vise à offrir aux piétons un espace encore plus vaste et des perspectives sur les monuments et cinq musées qui s’y trouvent.

L’équipe de l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) avait d’abord pour objectif d’explorer les couches de terre accumulées sous la place au fil des siècles. Une fosse a été creusée au plus proche de ce qui constituait les ateliers de construction de la cathédrale, entre les XII e et XV e siècles.

Les premiers mètres laissent apparaître les déchets du chantier : grès rose alsacien, scories des forges ou restes de vitres. Une mine d’or pour Florent Jordy, archéologue : « Ce qui est passionnant avec ce type de chantier, c’est de pouvoir pratiquer l’archéologie expérimentale », confie-t-il. Ce lithicien, spécialiste de l’étude des techniques de taille des matériaux, tente de comprendre quels types d’outils et quelles méthodes étaient utilisées à l’époque par les artisans.

Plus bas encore, à 3 mètres de profondeur, le deuxième palier de la fosse a révélé vendredi dernier un four à chaux, antérieur à la cathédrale actuelle et contemporain de sa première version, qui a brûlé en 1176. Pour Heidi Cicutta, responsable scientifique du projet, la grande découverte du chantier a été réalisée en juillet dernier, dans une tranchée de travaux coupant la place d’est en ouest. « On a eu alors la chance de pouvoir sortir un morceau de fresque, de 110 cm sur 70, sans trop de dégâts », raconte-t-elle. Un mur de terre crue et de mortier, peint sur ses deux faces et qui ne s’est pas effrité avec le temps, protégé par sa chute en un seul morceau.

Inscriptions latines

Une des peintures représente des colonnes et un panneau encadrant une femme debout. L’autre se compose d’une belle guirlande rouge dotée d’un nœud vert. Six lignes d’inscriptions latines présentes sur les dessins devront encore être décryptées. D’après les experts, ces fresques du 4e et dernier style pompéien datent du II e siècle de notre ère. Elles auraient pu orner la maison d’un tribun ou le baraquement d’un centurion. Cette trouvaille vient rappeler les fondements antiques de Strasbourg. En 90 après Jésus-Christ, Augusta, 8e légion romaine, s’était installée dans le centre actuel de la ville, nommée Argentorate à l’époque. Le camp fixe regroupait 6 000 légionnaires déployés sur 20 hectares.

Les fouilles se termineront en septembre 2013. En attendant, une exposition sur d’autres enduits peints antiques de la région se tient au Musée archéologique. Les fresques de la place du Château ne tarderont pas à les rejoindre.

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